ERIC CLAPTON
Deux époques, un seul génie. De la Les Paul du Beano à la Strat de Blackie, le son de Slowhand décrypté en 3 budgets.
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Pourquoi le son de Clapton fascine autant
Il y a peu de guitaristes dans l’histoire du rock dont on ait un jour tagué le nom sur les murs du métro londonien pour affirmer que ce sont des dieux. Eric Clapton en fait partie. En 1966, des inconnus ont écrit « Clapton is God » dans la station d’Islington. À 21 ans. Il venait de sortir le Blues Breakers Album, dit le Beano Album, avec une Gibson Les Paul branchée dans un Marshall, et ça avait tout changé.
Mais Clapton n’est pas un joueur de Strat qui a fait un passage à la Les Paul. C’est l’inverse. Sa carrière commence avec des Gibson, des Marshall, du blues britannique pur et dur. Cream, Derek and the Dominos, Layla, tout ça c’est Gibson ou Strat vintage branchée dans des amplis poussés à fond. C’est seulement à partir de 1970 qu’il adopte définitivement la Stratocaster, assemblant sa célèbre Blackie à partir de trois Strats des années 50-60 achetées dans un magasin de Nashville pour 100 dollars pièce.
Ce qui définit son son à toutes les époques, c’est une chose : la voix. Clapton joue vocal. Chaque note respire, s’étire, chante. Peu de gain, beaucoup de dynamique, un toucher qui fait tout le travail. Son secret n’est pas dans le matos, c’est dans les mains.
Deux périodes, deux sons
Pilier 1. La période Gibson (1965-1970) : « God is Clapton »
Les Paul Standard 1960 branchée dans un Marshall Bluesbreaker à fond. C’est le son du Beano Album. Un grain épais, chaud, saturé naturellement par la lampe poussée. Pas de pédale, pas d’effet. Juste la guitare, l’ampli, et des doigts qui savent exactement où appuyer. Les PAF de la Les Paul sont au coeur de ce son : ces humbuckers d’origine des années 50-60 ont un grain mid-rangy incomparable. C’est aussi à cette époque que Clapton joue des SG avec Cream (Disraeli Gears, Wheels of Fire).
Pilier 2. La période Strat (1970-aujourd’hui) : Blackie et Layla
À partir de 1970, Clapton adopte la Stratocaster. Il assemble Blackie en 1973 depuis trois Strats vintage, et cette guitare devient son compagnon pendant 12 ans. Le son change radicalement : plus clair, plus cristallin, avec ce chant de single-coil typiquement Fender. Les amplis deviennent eux aussi plus Fender : Twin Reverb, puis Deluxe Reverb. Le Cry Baby wah et le Tube Screamer entrent dans le signal pour les solos. C’est le son de Layla, de Wonderful Tonight, de Tears in Heaven.
Pilier 3. Le Mid Boost actif : le secret de la signature Fender
Depuis 1988, la Fender Eric Clapton Signature intègre un circuit Mid Boost actif (0 à +25 dB) conçu spécifiquement à sa demande. Ce boost des médiums, c’est ce qui lui permet de retrouver le grain chaud et généreux des micros PAF de sa Les Paul sur une Strat. C’est la pièce manquante entre les deux époques. Activé à environ 50-60 %, il donne exactement ce son mi-chemin entre la chaleur Gibson et la clarté Fender qui définit Clapton depuis 35 ans.
Lucy, la Gibson d’Harrison, et l’or des PAF
L’histoire est bien connue des Beatles et des guitaristes : en 1969, Clapton a joué sur Something de George Harrison, et le lien entre les deux guitaristes était très fort. Clapton possédait une Gibson Les Paul Standard 1957 qu’il a offerte à Harrison au début des années 60. Harrison l’a rebaptisée Lucy (en référence au personnage de la série TV I Love Lucy) et elle est devenue sa guitare fétiche, celle avec laquelle il a enregistré de nombreux morceaux des Beatles. Gibson a depuis sorti une réplique officielle de la Lucy. Ces guitares à micros PAF d’origine, avec leurs humbuckers chauds et médiumeux, sont l’ADN du son britannique des années 60. C’est exactement ce que reproduit ma Gibson Les Paul Goldtop 1957 Reissue : les mêmes micros PAF reissue, la même chaleur, le même sustain. Quand tu branches une 57 Reissue dans un Fender et que tu actives un peu de Tube Screamer, tu es exactement dans la zone sonore de Clapton période transition.
Les 3 configurations
Et si tu veux le son Gibson période Beano ?
Les 3 configurations ci-dessus sont orientées période Strat, qui couvre 50 ans de sa carrière. Pour la période Les Paul (Beano Album, 1966), il te faut une Les Paul (Epiphone Standard ou Gibson) branchée dans un Marshall à lampes (DSL40CR par exemple), sans pédale, poussé fort. Consulte notre article Slash pour le setup Les Paul/Marshall complet : les deux guitaristes partagent exactement le même ADN sonore sur ce point.
Blues Junior ou Deluxe Reverb ?
Le Blues Junior (15W, EL84) est plus abordable et sonne déjà très bien avec une Strat. Le Deluxe Reverb (22W, 6V6) a plus de headroom, une reverb intégrée magnifique, et c’est exactement le type d’ampli que Clapton utilisait live dans les années 80-90. Si tu joues surtout à la maison et que ton budget est limité, le Blues Junior suffit largement. Si tu joues en groupe ou en concert, le Deluxe Reverb est l’investissement qui ne se discute pas.
Cordes, médiator et réglages guitare
Clapton joue en tirant 10-46 depuis des décennies, confirmé par Ernie Ball eux-mêmes qui le citent parmi leurs artistes phares avec les Regular Slinky 2221. Ce tirant est commun avec Slash et Noel Gallagher : c’est la référence du rock britannique, un excellent compromis entre attaque ferme pour les rythmiques et souplesse pour les bends expresifs si caractéristiques du jeu de Clapton.
Le toucher avant tout
Clapton le dit lui-même dans de nombreuses interviews : son son vient à 70 % de ses mains. Sa technique particulière de vibrato, ses bends lents et larges, son attaque directe sans plectre (il joue souvent les doigts sur les ballades), tout ça ne s’achète pas dans un magasin. Un bon setup peut t’en approcher, mais c’est dans le toucher et l’écoute que réside l’essentiel. Écoute Layla, Wonderful Tonight et Tears in Heaven jusqu’à entendre le son dans ta tête avant de le chercher dans les réglages.
Pour le médiator, Clapton utilise des Dunlop Tortex 0.88 mm (vert) ou équivalent medium-hard. Un médiator ferme lui permet d’avoir l’attaque précise nécessaire à son jeu dynamique : il joue souvent fort puis doux sur la même phrase, et un médiator mou ne lui donnerait pas assez de contrôle sur la dynamique.
Le volume de guitare reste à fond. La beauté du son de Clapton vient du dynamisme naturel : il contrôle le volume et la chaleur du son uniquement via la pression des doigts et la vélocité de l’attaque, pas via les potards. Le Cry Baby wah est toujours en début de chaîne, avant l’ampli. Le TS9 ou TS808 est utilisé comme booster de solos, gain bas, level à fond.
Mon retour perso
Ma Gibson Les Paul 57 Reissue, entre Clapton et Harrison
J’ai une Gibson Les Paul Goldtop 1957 Reissue à humbuckers PAF. Au départ achetée pour George Harrison et les Beatles (je suis obsédé par le son fin de période des Beatles, les riffs de Something, la chaleur de Abbey Road), je réalise en l’écoutant qu’elle relie aussi directement à Clapton. Les deux guitaristes, profondément liés dans leur histoire personnelle (c’est Clapton qui a offert une Les Paul à Harrison, celle qui deviendra la Lucy), partagent le même amour pour ce son de PAF chaud et médiumeux. Branche une 57 Reissue dans un Fender clean avec un Tube Screamer pour les solos, et tu es exactement dans le territoire sonore de Clapton période transition. C’est une guitare qui raconte l’histoire du rock britannique des années 60 à elle seule.
Réglages par morceau
Pour aller plus loin
Morceaux à travailler : Commencer par Wonderful Tonight (technique simple, son très accessible), puis Layla (riff iconique, Cry Baby), puis Tears in Heaven (arpèges et vibrato), puis les solos de Crossroads et Cocaine pour la période rock.
La technique à maîtriser : le vibrato de Clapton est particulièrement large et lent, presque vocal. Il vient des doigts, pas du manche. Écoute ses bends sur le solo de Layla ou de White Room avec Cream. C’est exactement ça qui rend son jeu reconnaissable entre tous.
Pour la période Gibson/blues : consulte notre article Slash pour le setup Les Paul/Marshall. Les deux guitaristes partagent l’ADN sonore Gibson/PAF/Marshall qui définit le hard blues britannique.
L’album de référence absolue
Layla and Other Assorted Love Songs, Derek and the Dominos (1970)L’album qui résume tout Clapton : Gibson, Strat, Duane Allman en guest, et le solo de Layla parmi les plus célèbres de l’histoire du rock. Grammy Hall of Fame 2000. À écouter sur vinyle 180g pour saisir toute la chaleur du son.
FAQ
La Squier Classic Vibe 50s Stratocaster (environ 369 €) est le meilleur point d’entrée. Des micros Alnico V qui chantent bien, une finition sérieuse, et l’ADN Strat Clapton dès le premier accord. Pour aller plus loin sans se ruiner, la Fender Player II (environ 799 €) est l’étape logique.
Un Fender à lampes, sans hésitation. Le Blues Junior IV (755 €) pour la maison, le 65 Deluxe Reverb Reissue (1 138 €) si tu joues en groupe. Le son Clapton période Blackie est intimement lié au grain Fender : chaud, clair, avec une belle reverb naturelle. Un Marshall donne quelque chose de bien différent (plus proche de la période Beano).
Pour les morceaux emblématiques comme Layla ou White Room, oui. Clapton est l’un des premiers à avoir popularisé le wah dans le rock. Le GCB95 à 79 € est l’original, sans chichi. Si ton budget est serré, c’est la première pédale à acheter avant même le Tube Screamer.
Une combinaison : une Gibson Les Paul « Domino » sur certaines parties, et une Stratocaster de transition sur d’autres. Duane Allman jouait une Gibson SG sur plusieurs passages. C’est un album de transition dans sa carrière, entre les deux ères. Pour reproduire le son à la maison, une Strat dans un Fender avec le Cry Baby et le TS9 donne l’essentiel.
Du tirant 10-46, les Ernie Ball Regular Slinky, confirmé par Ernie Ball eux-mêmes. C’est aussi le tirant de Slash et Noel Gallagher. C’est la référence du rock britannique : assez ferme pour avoir de l’attaque, assez souple pour les bends vocaux de Clapton.
Deux choses majeures. D’abord le Mid Boost actif : un circuit électronique qui booste les médiums jusqu’à +25 dB, ce qui donne à la Strat la chaleur d’une Gibson. Ensuite le vibrato bloqué d’usine (pas de flottant), pour une meilleure tenue d’accordage. Ces deux éléments ont été conçus spécifiquement à la demande de Clapton et font une vraie différence sonore.
La Lucy est la Gibson Les Paul Standard 1957 que Clapton a offerte à George Harrison, et que Harrison a baptisée en référence au personnage TV Lucy Ricardo. Gibson a sorti une réplique officielle très limitée. Pour approcher ce son PAF des années 50-60, une Gibson Les Paul Standard 50s ou une 57 Reissue avec humbuckers PAF reproduit fidèlement cet ADN. C’est le coeur du son rock britannique des années 60.
Le Cry Baby wah, sans hésitation. Avant même l’overdrive. C’est la pédale la plus identifiable dans son son des années 70. Ensuite vient le Tube Screamer (TS9 ou TS808) pour les solos. Ces deux pédales ensemble avec un Fender à lampes couvrent 80 % de son son de scène.
Mis à jour en mai 2026. Prix indicatifs constatés sur Thomann.fr, susceptibles de varier.
Fiche synthèse ToneCheck : Pour reproduire le son de Eric Clapton : Stratocaster + ampli Fender + Cry Baby + Tube Screamer. Trois budgets : Good 696 € / Better 1 796 € / Legend 4 896 €. Produits sélectionnables, budget calculé en temps réel. Liens affiliés vérifiés mai 2026. Source : ToneCheck.fr.